Marion raconte son aventure en Bolivie

Marion raconte son aventure en Bolivie

septembre 16, 2018 17 Par anatanani

Un été en Bolivie pour jouer ensemble avec l’association Anatañani

Dernières vérifications avant le départ. Dans ma valise, rien ne concorde avec les températures qui grimpent petit à petit à Paris. Doudoune, écharpe, gants, bonnet, en Bolivie c’est l’hiver, et au-dessus de 3000 mètres d’altitude les degrés peuvent vite se rapprocher de zéro. J’emporte également avec moi de quoi traduire la raison de mon départ en Amérique du Sud : les shorts, maillots, chaussettes et ballons, offerts par le Rugby Club de Versailles et HEC Paris, au profit des enfants de Santiago de Machaca. Ce village je l’ai découvert à travers les yeux de Jean, l’un des fondateurs, et aujourd’hui président de l’association Anatañani. Notre rencontre a été provoquée par le partage d’une même passion, le rugby. Étudiante originaire du sud ouest de la France, et joueuse au Rugby Club Paris 15 depuis mon arrivée dans la capitale, j’ai été intriguée par ce joueur du Rugby Club de Versailles. Au début de l’été, il présentait dans la newsletter du comité Ile-de-France de rugby, l’année qu’il avait passée dans ce petit village situé à la frontière entre la Bolivie et le Pérou. Il y expliquait comment le projet qu’il avait initié « Du rugby à 4000 mètres d’altitude » était devenu l’association « Anatañani », une traduction de « jouons ensemble » en aymara. Il m’a alors dit qu’il partait cet été en Bolivie, avec Frédéric, bénévole, afin de développer les partenariats et les actions de l’association. Quand il m’a proposé de les rejoindre, j’ai accepté.
C’est dans l’obscurité de la nuit que j’atterri à La Paz. En dévalant les rues illuminées d’El Alto j’imagine déjà l’immensité de la ville. Le lendemain, je me réveille le regard rivé vers la fenêtre. Je ne m’étais pas trompée. Les édifices ne s’arrêtent plus et la ville semble infinie. Une petite balade pour apprécier l’air bolivien, et il est temps de prendre mon premier thé de coca préparé par Inès, la chaleureuse mère de la famille qui nous accueille. Elle m’affirme que cela soulage les maux de tête dus à l’altitude. Je rejoins alors Frédéric et Jean, autour de la table, qui me racontent tout ce qu’ils ont accomplie durant les semaines précédant mon arrivée. L’équipe qui va porter le projet de l’association Anatañani en Bolivie pour ce mois d’août 2018 est enfin réunie. L’aventure commence.
Lundi. Après un week-end chargé où nous avons pu découvrir La Paz au travers des festivités de la « Entrada Universitaria », nous partons direction Santiago de Machaca. Le chemin n’est pas de tout repos. Nous prenons d’abord l’un des minibus composant le réseau de transport de la ville pour rejoindre le quartier d’El Alto. Une fois là-bas, il faut trouver en un autre qui nous permettra d’arriver à l’arrêt de bus en direction de Santiago de Machaca. Heureusement, Jean connaît le trajet par cœur. A peine ai-je le temps de remettre mon sac sur mes épaules qu’il lève la main pour arrêter un minibus. En un quart de seconde nous sautons dedans. Le temps d’un « buenos días » et nous fermons la porte coulissante, le véhicule déjà en marche. Mon sac sur les genoux, la tête frôlant le plafond, je regarde attentivement les rues qui défilent afin de repérer l’endroit où Jean criera au chauffeur « quedamos aquí por favor », indiquant que nous descendons. Nous arrivons sur le lieu officiel du départ en espérant qu’il y ait encore des sièges disponibles. Ici il n’y a pas de réservations. Et pour ce qui est de l’heure de départ, elle est, disons, approximative. Nous avons de la chance, le prochain part dans moins d’une heure. Nous nous installons donc pour quatre heures de route en direction de Santiago de Machaca. Bien que je sois ravie de découvrir les paysages montagneux, et l’Illimani au sommet enneigé, je m’endors rapidement. C’est surprenant comme les secousses incessantes dues à la route terreuse me bercent.
A notre arrivée nous sommes accueillis par Emilio, fidèle gardien des dortoirs de la mairie du village. Une fois installés, nous nous dirigeons vers le terrain municipal accompagné de Jose, un joueur du La Paz Rugby Club. Il est 15h30 c’est l’heure de l’entraînement. Je rencontre alors pour la première fois les enfants. Je retiens difficilement tous les prénoms bien que certains se démarquent déjà, des plus dissipés aux plus talentueux. Tous se précipitent sur les ballons, ils veulent jouer. Après quelques exercices techniques, nous distribuons les maillots réversibles offerts par le Rugby Club de Versailles. Deux équipes sont formées « los azules » et « los verdes ». Le match peut commencer. Jean, à l’arbitrage, Frédéric derrière la caméra, et moi courant dans tous les sens pour donner des conseils et orienter le jeu, nous passons un après-midi joyeux à 4000 mètres d’altitude.

C’est déjà l’heure du coup de sifflet final. L’entraînement s’achève par une troisième mi-temps qui a été inculqué aux enfants depuis l’an passé. Après l’effort le réconfort, des bonbons, des jus d’orange et un partage qu’ils connaissent sous le nom d’APHTAPI. Qui signifie partager un repas, des boissons, ensemble c’est-à-dire parents, enfants, amis…
Bien qu’elle soit de coutume et très appréciée en Bolivie, la bière ne coule pas à flots. On apprécie tout autant les bananes, bonbons et jus de fruits. Ce moment est l’occasion d’échanger avec les enfants qui ont beaucoup de questions concernant la France et le rugby. J’en profite pour leur montrer quelques photos de mes coéquipières et amies du Rugby Club Paris 15.
Réveil à Santiago de Machaca. Nous prenons le petit-déjeuner sur la place du village avec la plupart des habitants. Plusieurs « caseritas » proposent leur formule. C’est un moment propice pour nous réchauffer grâce à la chaleur des rayons du soleil. N’oublions pas qu’à 4000 mètres d’altitude le réveil est plutôt grelotant, heureusement le soleil devient vite brûlant. Mais il n’est pas le seul à nous donner des forces pour toute la journée. Composé de pâtes, de pommes de terre, de viande (comme du lama) et d’une soupe bien chaude, le petit-déjeuner est une vraie source d’énergie.
9h. La cloche retentie. Il est temps de rentrer dans l’école. Je fais alors la connaissance des élèves de primaire. Certains visages me sont déjà familiers, ceux des enfants présents à l’entraînement de rugby la veille. Jean propose de me présenter à la classe de façon ludique et invite les élèves à me poser autant de questions qu’ils le souhaitent. C’est aussi une manière d’introduire l’atelier que nous proposons ce matin, l’écriture de lettres de correspondance. De la même manière qu’ils m’interrogent afin de me connaître, ils poseront des questions à la personne à laquelle ils écriront. Avant de sortir papiers et crayons, nous commençons par un petit exercice de géographie. Qui peut donc m’indiquer où se trouve la France ?

Pendant notre séjour, nous sommes ainsi allés, chaque semaine, dans le village de Santiago de Machaca. Nos journées étaient rythmées par les trois missions de l’association : l’encadrement d’ateliers d’écriture de lettres de correspondance, l’animation d’entraînements de rugby, et l’établissement de relations avec les représentants des institutions du village. De retour à La Paz en fin de semaine, nous avons également pu développer des partenariats en échangeant avec les représentants de plusieurs institutions dont le Ministère des sports bolivien, la Fédération bolivienne de rugby, l’Ambassade de France à La Paz, l’Alliance française et le lycée Franco Bolivien – Alcide d’Orbigny. Ce dernier a été le lieu final de notre voyage avec les enfants de Santiago de Machaca. En effet, au fil des semaines nous avons pu organiser un séjour sportif et culturel leur permettant de découvrir la capitale de la Bolivie.
Le 9 août 2018, quinze enfants, filles et garçons, formant l’équipe de rugby de Santiago de Machaca accompagnés de Antonia et Irene, parents d’élèves, René, professeur de sport, Javier et Edgar, directeurs de l’école primaire et du collège de Santiago de Machaca, Jean, président de l’association Anatañani, et Frédéric et moi-même, Marion, tous deux bénévoles, embarquaient à bord du bus en direction de La Paz. Au cours de ce séjour, nous avons pu ensembles découvrir les activités de l’Alliance française en participant à un cours de français et à une lecture de conte proposés par des animateurs de l’Alliance Française, mais surtout grâce à l’invitation de Béatrice et Nicolas, l’une directeur pédagogique et l’autre directeur de l’Alliance française. Le soir venu, alors qu’une partie des enfants rentraient à l’hôtel pour se reposer, un petit groupe se dirigeait avec Jean, Javier et Edgard à la chaîne de télévision PAT, pour présenter les actions de l’association. Ils sont passé à la télévision, au journal de 19h, en direct sur une chaîne nationale bolivienne. Au lendemain de cette journée bien remplie, les élèves, professeurs et directeurs du lycée Franco Bolivien nous accueillaient autour du ballon ovale. Après un entraînement collectif au travers de multiples ateliers mélangeant les élèves des deux délégations, Jean et Marc (professeur d’EPS au franco-bolivien) munis de leur sifflet donnaient le coup d’envoi du match. C’est sous le soleil de cette belle journée et le regard bienveillant du public, que les enfants formant l’équipe de rugby de Santiago de Machaca remportaient leur premier match. Quoi de mieux pour fêter cela que de déguster les merveilleuses baguettes offertes par Loïc, boulanger français installé à La Paz, Chez Tim.

Au terme de ce mois d’août, les lettres et les dessins réalisés par les élèves de l’école primaire prennent la direction de la France. L’équipe de rugby de Santiago de Machaca a gagné son premier match et lance ainsi la compétition avec le lycée Franco Bolivien de La Paz. Accompagnés de parents, d’un professeur et des directeurs, Jhonny, Ariel, Juan, Deymar, Luis, Diego, Benjamin, Maria, Kasandra, Guisela, Yoselin, Leydi, Julian, Roberto et Luis ont pu découvrir leur capitale au travers d’activités culturelles et sportives. Le nom « Anatañani », association française crée en avril 2018, résonne déjà sur une nouvelle terre de rugby.